Le Brésil déposera-t-il plainte à la FIFA au regard de tout ce qui se dit désormais à propos de la demi-finale de la Coupe du Monde '78 ? A l'époque, le pays organisateur, l'Argentine, est une dictature qui vit sous la botte du général Videla. Pour ce sinistre personnage, la Coupe du Monde constitue une opération de marketing pour embellir l'image de marque de son régime qui menace les journalistes trop critiques, etc.

Le 21 juin 1978, à Rosario, l'Argentine doit battre le Pérou 4-0 pour prendre la tête de son groupe (à la place du Brésil) et se qualifier pour la finale. Résultat de la rencontre : 6-0. Né en... Argentine, le gardien péruvien, Quiroga, semble absent sur le terrain. Plus tard, Oblitas, ex-artiste péruvien de Seraing, affirme que la visite dans le vestiaire de Videla et d'Henry Kissinger, Ministre des affaires étrangères américain, a paralysé les Péruviens.

Au fil des années, des Péruviens sont pointés du doigt dont Manzo (surnommé le Vendu), décédé dans un étrange accident de la route. Le coach, Calderon, trouvera la mort dans un cash aérien. L'affaire Condor s'enrichit d'autres faits troublants. Selon la presse sud-américaine, le gouvernement argentin a "payé" le 6-0 : 14.000 tonnes de blé, libération d'un groupe de prisonniers politiques, un gros prêt financier, etc. Le Pérou qui est aussi une dictature accepte : le Brésil est roulé, Videla tient sa finale que l'Argentine gagnera 3-1 contre les Pays-Bas.

Et si le finaliste malheureux se plaignait auprès de la FIFA ? Selon Johan Derksen, éditorialiste de Voetbal International, l'hebdo du foot aux Pays-Bas, ce serait une mauvaise idée. En 1978, les joueurs ont banalisé le combat des mères argentines sans nouvelles de leurs fils enlevés. Pour Derksen, ils ne mériteraient pas de recevoir cette Coupe du Monde après coup, les mères éplorées bien.

Et Derksen ajoute que si enquête il y a, la princesse Maxima (future reine des Pays-Bas) pourrait peut-être demander à son papa (Jorge Zorreguieta) comment tout a été réglé : il était Ministre de l'Agriculture de Videla. Il a dû entendre parler des 14.000 tonnes de blé.

Pierre Bilic, Sport/Foot Magazine